La reprise…pourquoi j’ai changé d’avis

Lors de l’annonce de la réouverture des écoles le 11 mai dernier j’étais sceptique puis la colère et l’indignation m’envahirent ! Comment prôner d’un côté dans les programmes le bien-être à l’école et de l’autre imposer ce protocole anxiogène de 60 pages ?

En effet, rappelons les programmes qui soulignent l’importance de prendre en compte « l’enfant » avant l’élève, de l’aider à développer des « compétences psycho-sociales » c’est-à-dire la capacité à se sentir bien mentalement dans les relations avec autrui. Le parcours  éducatif de santé – en vigueur depuis 2016 de l’école au lycée – stipule que l’on doit maintenir un « environnement favorable à la santé et au bien-être ». La lecture du protocole m’a ainsi rendue furieuse. Comment garantir un environnement propice aux apprentissages avec des « ordres » de distanciation, des absurdités comme le fait de ne pas échanger d’objets. Ainsi le professeur ne peut-il corriger les cahiers de ses élèves ? Comment imposer aux élèves de maternelle, à qui nous apprenons à socialiser, qu’ils ne pourront plus échanger de jouets, à ne plus s’approcher ?

Bref, je fus atterrée par la verticalité de l’institution (et malheureusement je ne suis qu’au début de ma carrière et de mes surprises…). Pour résumer, débrouillez-vous avec cela !

Certes la situation est inédite, mais la perspective de faire la police auprès des élèves et de transformer les écoles en « casernes de lavage des mains », je clamais : NON !

Puis le mail d’une maman d’un de mes élèves a fait avancer ma réflexion. Cette mère me racontait que son fils n’était plus motivé à faire les activités quotidiennes, que l’école lui manquait terriblement, qu’elle se sentait désemparée, non seulement elle avait peur qu’il décroche des activités que j’envoyais mais surtout elle se sentait impuissante et incapable de l’aider dans son travail. L’inquiétude de cette maman m’a touchée. J’ai changé de métier pour aider ces enfants-élèves, j’avais l’impression de faillir à ma mission.

Aujourd’hui, le 29 mai 2020, ma classe n’a pas repris. J’ai repris un jour en présentiel par semaine auprès d’un groupe d’enfants de soignants. Je fais davantage de « classes virtuelles ». Les sourires des élèves à la fin de ces moments virtuels m’ont peu à peu fait changer d’avis. Ils ont tellement envie de se revoir les uns les autres.

Quelle ne fut pas ma surprise lors de la reprise en présentiel : les élèves sont souriants et ont envie d’apprendre, de comprendre…de travailler ! L’école leur a manqué. Le calme règne dans les couloirs. Les conflits sont quasi-inexistants, chacun respecte ainsi la bulle de l’autre. Nous pourrions croire à la mise en place du fameux dispositif « plus de maitres que de classes » de 2013…

Constater la force d’adaptation des enfants (peut-être davantage guidés par l’instinct naturel) est incroyable. Et ce cadre spatial redéfini – que j’appréhendais et prenais pour une injonction militaire – a l’air de les rassurer.

Mais ce n’est pas ce qui m’a le plus convaincue. Ce qui m’a confortée dans l’idée qu’il fallait ré-accueillir les jeunes enfants à l’école est une petite anecdote…
Ma fille est en petite section. Hier, je croisais dans la rue une mère d’un petit garçon qui est dans sa classe. Nous l’appellerons « Nicolas » pour l’histoire. Je vous retranscris le dialogue avec sa mère :
« Moi, naïve : – est-ce que Nicolas a repris l’école ?
La maman : – Ah non, il ne va pas y retourner ! Aujourd’hui, ils n’apprennent plus rien à l’école ! Dis, Nicolas, combien font 2 + 2 + 2
Nicolas, surpris : – 6 !
La maman, fière : – Voilà ! »
J’ai mis un terme rapide à cet échange en rappelant que l’école avait changé, en effet les élèves ne sont plus quarante par classe et la maitresse n’a plus sa baguette pour leur taper sur les doigts lorsqu’ils se trompent.
Bref, ce qui m’a le plus choquée ce fut les yeux fiers et pétillants de la mère et ce petit Nicolas de 3 ans 1/2 transformé en « singe savant ». Il satisfait un contrat didactique implicite avec sa mère mais est-il heureux ?

En petite section, la socialisation et le langage sont les principaux enjeux. Pourquoi ne pas faire confiance à l’émulation du groupe-classe ?
Ma reconversion a été guidée par l’envie de contribuer à un monde meilleur, une goutte d’eau…et je tiens à ma mission de « former les citoyens de demain ». Des petits bonshommes qui voteront dans 15 ans. Quelle société voulons-nous ? Sûrement plus de cet individualisme compétitif ! L’angoisse du chômage et de notre société guide des parents sur la mauvaise route humaine…

Chers parents, n’ayez crainte ! Votre enfant ne ratera pas sa vie parce qu’il n’additionne pas à 3 ans, en revanche il a un besoin de ses pairs, de coopérer, d’être stimulé par ses pairs.

Tout seul on va plus vite…mais ensemble nous allons plus loin. 

#ensembleonvaplusloin

Mise à jour juillet 2020 : Je lis (enfin !) le livre de Céline Alvarez « Les lois naturelles de l’enfant » qui confirme que le groupe a un effet de catalyseur pour les apprentissages. Elle écrit que l’on a beau avoir le matériel à la maison et déployer l’énergie d’une maman, c’est par ses pairs que l’enfant sera motivé.

Publié par Sarah Neoprof

Lauréate CRPE 2018, l'histoire de ma reconversion dans l'enseignement à 35 ans ! Concours en candidat libre & co...

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